17.02 à 18:00 18.02 à 18:00 19.02 à 17:00 24.02 à 18:00 25.02 à 18:00 26.02 à 18:00 2.03 à 18:00 3.03 à 18:00 4.03 à 17:00
Fanon, Homme libre
Oui
un intellectuel médecin penseur écrivain psychiatre militant combattant fier courageux ombrageux tout ce que tu veux mais Fanon c’était avant tout un poète
ce n’est pas moi qui le dis
pas moi mais Pierre
Pierre Chaulet
le 11 mars 2011 Alger midi
au soleil national du deuil
à l’ombre tranquille de l’espérance
dans l’espace entre les grains de lumière
qui dansent entre les corps mystérieux
des orangers décatis
et l’ombre des grilles fébriles du jardin
un demi-siècle après ta mort
d’énormes pelletées de temps nocif
jetées sur ton cœur
encore brûlant
malgré tout
ton cœur
braise jetée au loin
par les vents violents
de ces îles-là Caraïbes défoliées
îles fractionnées concassées humiliées
poussière
vers l’amont des tourments
de la mémoire lointaine
mais rien n’y peut rien
ce temps est plein de trous
vieux carbone et vieil oxygène s’affrontent
tels des lutteurs éloignés
par les bras du bronze immense
depuis trop longtemps
loin de la terre natale
oubliés de leurs adorateurs
sans but désormais
sauf peut-être
pour certains
les quelques sous et les centimes
que jettent au sol sali de leur sang
quelques anciens
les devenus spectateurs
dans leurs oripeaux leurs uniformes
leurs guenilles mentales
en costumes cravates rayés
élimés au coude de la dignité
mais toutefois dignes
certains
émaciés démodés juvéniles
et saisis parfois encore figure-toi
de transes passagères
qui meurent aussitôt
au bord du cercle du soleil rituel
des sacrifiés du premier rang
toi c’est ton privilège
de les avoir quittés à l’âge béni de 36 ans
d’avoir quitté ce monde
tel le héros d’un vieux film en noir et blanc
un film de guerre ou d’aventures
un film du 20ème siècle
quitté la vaste terre de Dieu
avec des visions
de ce qui n’est jamais advenu
qui n’adviendra jamais
mais qui est pourtant
visions de ceux qui à l’époque déjà
cheminaient sur le fil du rasoir
files de maigres sentinelles toujours mobiles
sentinelles du camp nocturne inquiet
sans répit
assailli sans relâche assailli
ces hommes qui traversaient
avec leurs pataugas oiseuses
leurs peurs et leurs croyances
les frontières et les auréoles du sang de leurs frères
peu importe
ces hommes faits ombres
ces hommes faits échos alluvions amers
stock de tristesse
fonds de commerce
héros
sur mauvaise bande magnétique
d’un de ces pays frères qui n’existent plus
aujourd’hui
au gout de cendres
on ne se souvient plus que de quelques uns
parmi les héros
… (lire le poème en entier sur http://blogs.mediapart.fr/edition/frantz-fanon-au-present/article/051211/fanon-lhomme-libre)
Amin Khan
Paris, juin 2011




